«365 Dni» – Un film polonais soulève la controverse sur Netflix

« Tu es perdue, ma jolie ? » Vous avez peut-être vu cette phrase accompagner des photos, des vidéos, des messages sur les réseaux sociaux. À moins que vous ne soyez tombés sur sa version originale, « Are you lost, babygirl ? ».

CINEMA – La réplique est tirée de 365 Dni, un film polonais qui fait désormais un carton sur Netflix. Et contre la diffusion duquel une pétition circule depuis le 17 juin. À ce jour, plus de 3200 signatures ont été recueillies.

Adapté d’une série de livres signés Blanka Lipińska, ce long métrage qui trône dans le palmarès des dix films les plus regardés sur la plateforme a été surnommé le « 50 Shades of Grey polonais ». Sur la couverture du roman originel, on l’apparente aussi… au Parrain.

Vrai que l’histoire se rapproche des écrits de E.L.James. Nettement moins de ceux de Mario Puzo.

Ce que certains ont qualifié d’improbable salmigondis va comme suit : Massimo Torricelli, un boss de la mafia sicilienne qui a un autoportrait de lui en compagnie d’un lion dans sa chambre, remarque un jour la Varsovienne Laura Biel (« biel » signifie blancheur en polonais).

Laura, femme d’affaires et de tête, partage sa vie avec Martin, un crétin. Martin porte le bermuda, le sac banane, et il agit, pardon, comme un gros colon. Massimo, il a l’air de sortir à la fois d’une pub d’Armani et de sous la douche.

Il décide de kidnapper Laura. Et il lui donne 365 jours pour tomber amoureuse de lui. Au milieu du film, divulgâcheur, le dialogue suivant survient :

— Je n’ai pas besoin de 365 jours.

— Oh, pourquoi ?

— Parce que je suis déjà amoureuse de toi.

« Fantaisie répréhensible et grotesque », selon le Variety365 Dni affiche une note critique de 0 % sur le site de référence Rotten Tomatoes. Le public, plus « généreux », lui accorde 29 points de plus.

« Je crois que j’ai plu aux gens qui soit ne lisaient pas, soit lisaient très peu parce que les livres qu’ils commençaient ont été rédigés dans un style un peu trop complexe », a déclaré Blanka Lipińska au quotidien Rzeczpospolita.

Loin d’une quelconque complexité, l’écrivaine a plutôt employé les codes classiques de la « fanfiction », soit une fiction écrite par des fans. 50 Shades of Grey, par exemple, en était une. Amoureuse de Twilight, E.L. James s’était inspirée de la saga de Stephenie Meyer en y ajoutant un ton érotico-discutable.

On pense aussi à Anna Todd, qui a baigné dans des eaux similaires avec After. Cette romance, rédigée sur l’application Wattpad, se voulait un hommage à son idole, le musicien Harry Styles.

Dans 365 Dni comme dans ces titres, les dialogues sont effectivement… On vous laisse en juger. « Fu… tous les Massimo, tous les Martin et tous les autres mozzarellas », lance par exemple une amie à Laura.

Tentant de la convaincre que l’homme qui l’a kidnappée est « extraordinaire », cette dernière le défend en soulignant qu’il « n’a pas un gramme de graisse ». Massimo déclare quant à lui : « Je vais te b… si fort qu’ils vont t’entendre crier à Varsovie. »

Pour le collectif des Sœurcières, qui a lancé la pétition demandant à Netflix de rayer 365 jours de son catalogue, ce navet n’est pas juste « dérisoirement stupide », comme l’a qualifié le critique de cinéma Peter Canavese. Mais bien dégradant et dangereux.

« Ce film met en avant la culture du viol en présentant cela comme quelque chose de romantique ; il est irrespectueux vis-à-vis de toutes les victimes de violences sexuelles », écrivent-elles.

Car Massimo blâme Laura lorsqu’elle se fait agresser par un inconnu dans un bar. Et il n’a aucune notion du consentement. « Je ne te toucherai que lorsque tu me le demanderas », dit-il à Laura. Dans la scène suivante, il lui met la main à la gorge lorsqu’elle tente de fuir. Dans une autre, il force une femme à lui faire une fellation, à bord de son jet privé.

Réalisé par Barbara Białowąs et Tomasz Mandes, 365 Dni est sorti en salle en Pologne pré-pandémie. Quelque 1,6 million de spectateurs l’ont visionné au cinéma (soit 4 % de la population). Sa lancée a été freinée par le confinement. Elle se poursuit sur Netflix.

Et sur les réseaux sociaux, deux perspectives s’opposent. Beaucoup dénoncent la banalisation du viol et de la violence. La « glamourisation » d’un enlèvement. Le comportement complètement toxique du personnage masculin.

D’autres y vont de déclarations à ce même personnage. « Donc, personne ne va me kidnapper comme Massimo et me donner 365 jours pour tomber amoureuse de lui ? Pfff. La vie est nulle. » « Cessez de m’envoyer des messages privés. Sauf si vous êtes Massimo Torricelli. » « Dieu bénisse les Italiens. »

Rappelons-nous : un phénomène similaire s’était produit avec YOU. Dans cette télésérie en deux saisons, un harceleur possessif jaloux et maladif du nom de Joe se mettait à épier une jeune fille. À suivre ses moindres faits et gestes. À monitorer ses déplacements, ses fréquentations. Exemple de gazouillis que l’on trouvait alors sur Twitter : « J’ai besoin d’un Joe dans ma vie. » « J’ai tellement envie de lui. C’est même pas drôle. »

Visiblement déstabilisé par cette lecture, Penn Badgley, l’acteur qui jouait ledit psychopathe, avait dû remettre les choses au clair. « C’est un assassin », avait-il rappelé.

Le comédien Michele Morrone, qui incarne le gangster dans 365 Jours, lui, a profité d’un Instagram Live pour raconter à quel point sa vie avait changé depuis la sortie du film. À quel point il ne pouvait « même plus marcher dans la rue » sans être reconnu.

Il a aussi tenu à « rassurer » les spectateurs : « Je voulais juste vous dire que je ne suis pas le personnage que je joue. Je ne suis pas une aussi mauvaise personne. » Ah.

Certains des commentaires accompagnant sa publication ? « Ça ne me dérangerait pas du tout d’être enlevée par toi. » « Pourrais-tu s’il te plaît me kidnapper et me demander si je suis perdue ? »

Dans le même ordre d’idées, beaucoup de critiques ont souligné que le récit donne au syndrome de Stockholm des « airs romantiques ». Un aspect d’autant plus terrifiant lorsque l’on pense que l’autobiographie de Natascha Kampusch, séquestrée pendant des années, s’intitulait… 3096 jours.

Blanka Lipińska affirme néanmoins que son succès réside dans sa façon « d’aborder les tabous ». « Le sexe, l’amour, l’argent, le fait d’être fier de soi. » Toujours dans Rzeczpospolita, elle déclare : « Je crois que si je n’avais pas touché à ces thèmes, mon récit n’aurait pas été aussi apprécié. Le secret réside aussi dans la façon de présenter son livre pour qu’il soit un succès. Coca-Cola non plus ne serait pas aussi populaire sans la pub. »

Maderpost / Natalia WYSOCKA

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