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Itw du lundi – Macky, Wade, Sonko, Boun Abdallah, Benno, Opposition – Moustapha Diakhaté crache ses vérités

Invité de la nouvelle rubrique d’IGFM « La grande interview du lundi », Moustapha Diakhaté revient sur les retrouvailles entre les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade, évoque la libération de Khalifa Sall, la succession de Macky Sall à la tête de l’Alliance pour la République (APR), la suppression du poste de Premier ministre, le statut du chef de l’opposition, la proposition de rendre inéligible à la présidentielle tout fonctionnaire radié de la fonction publique et la candidature de Benno à la présidentielle de 2024.

Un vent de retrouvailles souffle sur le Sénégal. Notamment celles entre les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade. Comment vous avez accueilli ces retrouvailles?

Je m’en félicite. Je remercie le khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké qui a oeuvré pour cela lors de l’inauguration de la plus grande mosquée de l’Afrique noire, Massalikoul Jinane. Je lui rends hommages. Mais je souhaiterais que les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade puissent mériter les efforts que le khalife général des Mourides a consentis pour les rapprocher et qu’ils puissent avoir les meilleures relations possibles dans l’intérêt de la République et surtout dans l’intérêt du Sénégal.

Quel est votre commentaire sur la grâce de Khalifa Sall ?

« Ce serait un message catastrophique aux Sénégalais que d’amnistier Karim Wade et Khalifa Sall »

Je suis contre la grâce, mais puisque c’est un droit dans la Constitution, le président en a usé. On n’y peut rien.

Certains pensent que pour que les retrouvailles soient effectives, il faut autoriser le retour de Karim Wade et amnistier tous les deux?

On ne peut pas parler d’autoriser son retour, parce qu’il n’a pas été exilé. Ce serait un message catastrophique envoyé aux sénégalais que d’amnistier Karim Wade et Khalifa Sall. Le Sénégal a beaucoup souffert de détournement de derniers publics pour qu’on les amnistie. Ce sera un encouragement à l’enrichissement illicite, au détournement de deniers publics. Ce serait un précédent dangereux, qu’il faudrait éviter.

Avec ce vent de retrouvailles conseillerez-vous au président Macky Sall de mettre en place un gouvernement de large ouverture?

« Qu’il puisse ouvrir davantage son gouvernement vers des sensibilités qui ne sont pas de la majorité présidentielle »

Pour moi on est en face de chantiers énormes, de chantiers de dernier mandat. Il doit engager aussi les chantiers du programme « Ligueyel Eleuk », il doit consolider la démocratie et l’Etat de droit. Il doit préparer aussi le Sénégal face à ce phénomène qui est en train de sévir, c’est-à-dire le terrorisme. Face à tous ces chantiers, aucun Sénégalais n’est de trop. Plus le président de la République s’ouvre, mieux c’est. Afin, qu’il puisse ouvrir davantage son gouvernement à des sensibilités qui ne sont pas de la majorité présidentielle, à d’autres sensibilités politiques, à la société civile pour la prise en charge des différents défis qui se posent au Sénégal.

Le président Macky Sall est à son dernier mandat, sauf changement de dernière minute. Du coup, sa succession  à la tête de l’Apr est ouverte. Comment faut-il gérer cela en vue de la présidentielle de 2024?

« Je suis pour un candidat de Benno à la présidentielle, même s’il n’est pas issu de l’APR »

Aujourd’hui dans le cadre de notre parti et de la coalition, il nous faut nous organiser dans toutes les 557 collectivités du Sénégal afin de permettre à nos militants de choisir leur leader dans chaque commune du Sénégal, dans chaque département. Cela permettra d’avoir des leaders nationaux qui ont une légitimité. Aujourd’hui, à l’APR, personne ne dispose d’une légitimité. La seule légitimité est le choix du président Macky Sall. Dans le cadre d’un parti politique, cette situation provisoire doit cesser. Il faut qu’on aille vers un processus de restructuration du parti pour permettre l’émergence de cadres au niveau local et de leaders au niveau national pour présider aux destinées du parti.

Quel candidat à la présidentielle de 2024 ?

Pour ce qui est de la présidentielle de 2024, le choix qu’on doit faire, est celui de Benno Bokk Yakaar (BBY). Mettre en place des règles claires et précises pour le choix de notre candidat. Que ça soit même sous forme de primaires. Que chaque membre de la coalition, s’il a la volonté de se porter candidat et aux militants identifiés dans chaque commune du Sénégal de faire leur choix sur celui ou celle qui sera désigné comme candidat de la coalition. A ce moment, tout le monde sera derrière pour aider à gagner la présidentielle. C’est vers cela qu’on doit aller.

Un candidat de Benno, même s’il n’est pas issu de l’APR ?

Je n’exclus pas un candidat de Benno à la présidentielle, même s’il n’est pas de l’Apr. Tous les grands partis de Benno ont accepté de soutenir la candidature du président de l’Apr, Macky Sall. Il faut savoir rendre la monnaie de la pièce. L’essentiel est qu’il s’agisse d’un choix démocratique et que le candidat puisse porter le PSE à l’horizon 2035.

Il y a une idée qui fait son chemin pour rentre inéligible tout fonctionnaire radié de la fonction publique. Selon certains, elle viserait le président du Pastef, Ousmane Sonko. Quel commentaire faites vous de cela?

« C’est une absurdité que de vouloir rendre inéligible un fonctionnaire radié… »

Je ne peux considérer cela comme une idée, c’est une absurdité. Parce qu’une radiation n’est pas un acte judiciaire, c’est un acte administratif, or on ne peut pas priver un sénégalais d’un droit constitutionnel. C’est une absurdité qu’il faut mettre de côté. Une telle proposition ne passera pas à l’Assemblée nationale.

Quelle est votre position sur la question du statut de l’opposition et de son chef?

« 2 milliards Fcfa pour le chef de l’opposition, c’est trop »

C’est un débat qui est posé. Ce qui est important pour moi, c’est qu’il y ait un texte sur le statut de l’opposition. Dans une démocratie, l’opposition n’est pas une pathologie, l’opposition est un partenaire de la Majorité. Dans la mesure où elle permet de connaître les insuffisances de la majorité et permet aux populations d’avoir une alternative par rapport à ceux qui les gouvernent. Avoir un statut de l’opposition qui donne des droits inaliénables à l’opposition, de mon point de vue, c’est une excellente chose.

Pour ce qui est du chef de l’opposition, compte tenu de la présidentialisation du régime, ce serait bien que celui qui arrive 2e à l’élection présidentielle, soit le chef de l’opposition. C’est à lui de trouver la stratégie pour incarner le statut.

On parle d’un budget de 2 milliards FCFA pour le chef de l’opposition ?

Au Mali, on a mis en place un budget de 500 millions FCFA. Au Sénégal, 2 milliards, ce serait de trop. Il ne faut pas qu’on aille dans ce sens. Il ne faut pas donner l’impression aux Sénégalais que les politiques de tout bord n’ont que des préoccupations financières. C’est la meilleure manière de décrédibiliser la fonction politique. Parce que la politique, c’est avant tout un engagement sacerdotal. Combien de terrains le président Me Abdoulaye Wade a vendu, combien le président Macky Sall s’est sacrifié pour trouver des financements… Un milliard, c’est presque rien. Mais c’est déjà beaucoup.

Aujourd’hui avec le recul, ne pensez-vous qua la suppression du poste de Premier ministre, a plus exposé le président de la République qu’avant?

« En toute honnêteté si c’était à refaire, je ne conseillerai pas au président de la République de supprimer le poste de Pm. Cela a créé des blocages… »

J’étais un militant de la suppression du poste de Premier ministre. Mais avec le recul, le choix n’a pas apporté les fruits attendus. Le président avait expliqué que c’était dans le cadre du Fast tract afin que les choses aillent vite. Mais aujourd’hui, il faut reconnaître qu’il y a des blocages. Je pense que cela est lié à plusieurs facteurs.

D’abord dans le gouvernement, beaucoup de nouveaux ne disposent pas de Pm qui a de l’expérience pour les aider à véritablement maîtriser les dossiers. Ensuite, Mouhamed Boun Abdallah Dionne, qui a migré vers la présidence de la République, pour appuyer le chef de l’Etat, s’est absenté pendant longtemps du pays pour des raisons de santé.

Cette situation a créé un vide. Le président recevait tous les coups. En toute honnêteté si c’était à refaire, je ne conseillerai pas au président de la République de supprimer le poste de Pm. D’autant plus qu’il avait trouvé en Mouhamed Boun Dionne, un excellent Pm, un homme dévoué, loyal et d’une sincérité sans tâche. Je pense qu’il fait partie des trois meilleurs Pm du Sénégal avec le président Abdou Diouf et Macky Sall.

El Hadj Harouna FALL

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