Le CFA out, quel avenir pour l’Union !

Ca y est ! Le Conseil des ministres de la République française a acté (encore que c’est totalement faux et irrespectueux de le dire) ce mercredi 20 mai 20 la fin du franc CFA comme convenu lors de l’accord du 21 décembre 2019 qui avait revisité et liquidé celui du 4 décembre 1973 qui obligeait alors le Trésor public français à rémunérer à hauteur 0,73% les avoirs extérieurs de l’UEMOA, bien plus que partout ailleurs sur le marché monétaire. Désormais, l’Eco né du défunt CFA devra aller trouver ailleurs bon rémunérateur dans des comptes d’opération qui pourraient ne pas lui rétribuer 0,10%.

MONNAIE – Sabrons le Bissap et buvons sec ! Sans sucre de préférence. On ne sait jamais en cette période de Covid-19 qui tue sans compter les malades frappés de comorbidité. Le CFA est mort, vive l’ECO ! Encore que l’on ne sait pas si les english de l’Afrique de l’Ouest accepteront de garder une parité fixe avec l’Euro dont la France, pays membre, jouera un rôle de garant en cas de défaut de l’un des Etats membres. Ce qui revient à dire que l’ECO est lié à l’Euro par un système de parité fixe en contrepartie de laquelle, les Etats membres de l’UEMOA versent 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français. Ce qui veut encore dire que ce n’est pas demain la veille que l’UEMOA imprimera à souhait sa monnaie sur sa planche à billets comme le font avec aisance et sans gène les Etats-Unis, la Chine, et tous les autres.

On n’est pas sorti de l’auberge s’écrieront les inconditionnels de la souveraineté monétaire totale, mais le nouveau pari avec la nouvelle formule de liberté monétaire n’est pas aussi gagné disent déjà certains spécialistes de la monnaie, le Dr Khadim Bamba Ndiaye, pour ne pas le nommer.

Carte blanche est donc donnée aux 8 Etats membres de l’Union monétaire, s’ils accordent leur violon, de se lancer dès juillet prochain, comme convenu en décembre 2019, de prendre leurs réserves, 50%, la moitié, pour les placer dans d’autres comptes d’opération que ceux le Trésor Français, la Banque centrale européenne, la BCE par exemple. Mais rien ne dit dans ce nouvel exercice monétaire à donner des cheveux blancs, que la rémunération de la Banque centrale européenne sera de la même valeur relative donc du même volume.

La monnaie n’étant jamais stable, ni au niveau de sa structure ni au niveau de sa masse, aux pays membres de l’UEMOA de créer une dynamique de production à grande échelle et compétitive pour équilibrer le différentiel.

Le Dr Khadim Bamba Ndiaye est formel. « Aucun compte d’opération ne payera comme le Trésor français. 0,73%, c’est beaucoup !»

L’irrespect de Macron  

Il n’est pas loin de penser que l’UEMOA a fait une mauvaise affaire dans cette affaire, qui plus est fait celle de Macron et de son administration.

Peut-on aller jusqu’à croire que le chef de l’Exécutif français s’est arrangé pour donner un os aux activistes africains de nationalité qu’ils en engagent pour lui la bataille anti-CFA ? «On gagnait beaucoup avec le CFA. Certains détracteurs commencent à se rendre compte de leur méprise.», répond le spécialiste en économie, banque finance accrédité d’une mention «très honorable» à son doctorat.

Ce spécialiste de la monnaie qui dit que l’UEMOA «s’est fait avoir comme un enfant» rejoint ceux-là qui avaient «impressionné les Français dans les années 1970. Les Babacar Ba, Fadiga, Daniel Kabou, parmi lesquels de jeunes Sénégalais à qui les Français avaient crié : ‘vous reviendrez vers nous en courant comme des chiens, la qu… entre les jambes, nous demander de reprendre la banque centrale entre nos mains. ».

L’accord monétaire des Etats membres de l’UEMOA, «l’un des meilleurs que les Africains ont pu arracher aux Européens et en particulier aux Français» gît désormais au cimetière de première classe. Enterré par un président français qui montre tout le respect qu’il voue aux Africains et en particulier à la communauté de l’Union en soutenant et laissant croire qu’il a décrété la fin d’une monnaie communautaire. «Mais pour qui se prend il ? De quel droit peut-il ainsi insulter les Africains ? Comment peut-il mettre un terme à la monnaie d’un autre pays, à fortiori à celle de toute une communauté ? Il a peut-être raison de traiter ainsi ceux qui s’amusent avec leur pays », relève un grand monsieur de l’économie et de la finance, qui a requis l’anonymat pour ne pas avoir à partager un espace avec la «volaille qui n’a rien compris».

Pour cette source, comme pour le Dr Khadim Bamba Diagne, il vient d’être mis fin à un compagnonnage qui était plus en faveur de l’UEMOA qu’on ne le pensait.

« Les Français ont toujours cherché à se débarrasser de ce boulet de canon qui leur revenait cher, pour la seule et simple raison que la couverture risque de change basculait plus chez que du côté de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Oeest qui a toujours donné une contrepartie et sécuriser ses avoirs en prenant qui plus est les bénéfices de ses réserves».

Bien avant les Etats-Unis qui ont placé leurs avoirs en Chine, ou encore la France qui a 178 comptes d’opération à travers le monde, la BCEAO qui en compte 32 dans le monde jusqu’aux Etats-Unis, avait tracé la voie de la haute finance. Un coup de maître que la France ne pouvait continuer de supporter. «Le coup des nègres de la finance était trop parfait».

A qui profite la mort du CFA ?

La France libérée du fardeau monétaire CFA avec l’aide de jeunes économistes ouest-africains pressés, à qui profite la mort du CFA dont le pendant devrait désormais assurer le jeu d’équilibriste et s’assurer d’un volume de réserve de changes assez consistant. D’abord cette même France qui reprend ses distance vis-à-vis d’une communauté pour une approche plus singulière, France/pays.

La vente de certaines de ses enseignes bancaires dans des pays africains (Mali, Gabon) où sévissent des conflits, l’instabilité politique ou l’insolvabilité, le démontre.

Mais, c’est plus la nouvelle réalité du monde frappé de plein fouet par le coronavirus paru en 2019 à Wuhan, la plus française des villes chinoises, qui laisse croire que l’ordre mondial nouveau impose non seulement aux pays riches de se re-délocaliser leurs filiales pour une relocalisation, mais aussi à la France de revenir sur un terrain « connu et maîtrisé mais surtout prometteur », en Afrique donc et pas n’importe où ?

Dans cette perspective et pour la prospective, la Côte d’Ivoire « plus française et francisée » que le Sénégal et les autres pays de l’Union, pourrait être la destination des investisseurs français (automobile, vêtements, high tech, transformation, etc.)

Le Maroc dont les banques trustent 60% de l’activité bancaire au Sénégal serait l’autre gagnant de cette nouvelle situation monétaire. Son approche de pénétration ensuite d’encrage monétaire, avant le passage à l’étape de l’assurance et commerciale au service de son marché local justifie sa préoccupation régionale et donc l’annonce de son vœu d’entrer dans le giron de l’Union africaine. Son objectif clair de devenir un carrefour essentiel dans le marché ouest-africain ne peut se réaliser que si le Royaume maîtrise la monnaie et finance les déséquilibres monétaires qui seront désormais plus nombreux compte tenu des disparités économique dans l’Union. Une autre réalité qui ne manquera pas de voir le jour.

Le Nigeria avec ses 200 millions d’habitants et à l’économie trop instable dépendante à 73% de son pétrole qu’il n’écoule plus du fait de l’effondrement des cours encore là pour longtemps -tous les pays riches ont assez de réserve pour faire face-,  jette un regard fort intéressé sur le potentiel de l’Union monétaire qu’il gagnerait à intégrer pour imposer son hégémonie politique mais surtout pour pénétrer un marché qui lui permettrait de sortir de l’enfer de l’instabilité de sa monnaie et sécuriser ses avoirs. Le grand Nigeria exportateur de pétrole a tout à gagner, bien plus que l’UMEOA, en intégrant la stabilité qui plus est garantie par la France grâce au parapluie de la parité Eco-Euro, même s’il s’en défend.

La Russie qui a joué des pieds et des mains pour que meure le CFA au profit d’une monnaie nouvelle, voit enfin une porte s’ouvrir avec une approche nouvelle en Afrique de l’Ouest. Le sommet Russie-Afrique de 2019 au cours duquel Poutine avait vanté la nécessité pour les Etats africains et en particulier ceux de l’UMEOA d’aller au plus vite à la mise à mort du CFA. Le contournement de l’obstacle français pour prendre plus de place dans le marché ouest-africain est permis grâce a ce nouveau paradigme monétaire qui lui offre la possibilité d’installer une passerelle entre les capitaux russes et la zone dont l’instabilité et les difficultés de réserve de change lui donneraient plus de marge pour asseoir des relations politiques et d’échanges plus favorables à son économie et à son leadership.

Enfin la Chine. Outre la France à qui on a enlevé une épine du pied alors qu’elle payait depuis 1995 la bagatelle de 25 milliards de CFA par an aux pays de l’Union du fait de la couverture à hauteur de 0,73 les avoirs extérieurs nets logés au Trèsor public , c’est la Chine qui pourrait d’être la grande gagnante de cette nouvelle donne monétaire, elle qui truste 65% de la dette africaine.

Ce n’est pas pour rien, sinon mettre la Chine dans l’embarras que Macron avait demandé au G20 d’annuler la dette africaine, sachant très bien que cette formulation mettrait mal à l’aise Pékin qui a beaucoup prêter aux Africain.

Devenu le premier partenaire de l’Afrique, la Chine chez les Américains ont placé leur avoirs, pourrait non seulement reconsidérer sa dette pour renforcer l’axe Pékin/Afrique de l’Ouest, mais encore proposer sa monnaie (Yuan) en termes de dettes. Ce qui amènerait les pays de la zone a échanger uniquement avec l’empire du milieu et donc de ne faire que consommer chinois.

Ce ne sont pas que les Chinois qui vont se frotter les mains et rappliquer. Les Allemands, Anglais, Italiens, Américains qui ont toujours souhaité la mise a mort du CFA trouvent enfin le festin.

Quel avenir de l’UEMOA ?

La nouvelle réalité monétaire de l’Union monétaire dont les futurs enjeux seront rapidement perceptibles avec d’abord l’inflexibilité des pays des pays anglophones de la zone par rapport à la parité Eco/Euro, édifiera très rapidement les observateurs et pays de la zone. Les disparités économiques, statuts économiques, l’insécurité, le djihadisme seront des facteurs déterminants. Face à des pays importateurs, tel le Sénégal en attendant l’exportation de ses premiers barils de pétrole et mètre cube de de gaz, et les pays exportateurs tel que la Côte d’Ivoire qui pourrait truster les investisseurs étrangers, il n’est pas dit que l’UEMOA jusqu’ici soutenue par une solidarité mais beaucoup plus par la garantie française acquise de haute lutte au début des années 1970, puisse survivre aux déséquilibres à venir. Certains redoutent déjà son implosion !

Maderpost

 

 

 

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