Economie culturelle – Quand Youssou Ndour montre la voie

Insuffisamment prise en compte par les politiques centrales ou souffrant de l’absence d’une vision de politique culturelle, la culture est, aujourd’hui et peut-être même depuis plus longtemps, un secteur productif et source de revenus directs et indirects pour plusieurs acteurs de l’économie formelle ou informelle ; pour s’en convaincre, il suffit de revenir sur les six derniers rendez-vous de la star planétaire, Youssou Ndour, à Saint-Louis, Mbour, Dakar et Banjul.

CULTURE – Le constat de Maderpost est que Youssou Ndour et le Super Etoile ont favorisé des effets directs et indirects en terme de revenus tirés de la consommation, des brands de sociétés, à l’occasion de leurs 6 prestations qui ont drainé plus 80 000 personnes.

Au stade Mawade Wade de Saint-Louis, le 28 décembre dernier, ils étaient plus d’une centaine de vendeurs et vendeuses de sandwiches, boissons, friandises, beignets, arachides, etc., à prendre d’assaut les espaces libres de l’enceinte du stade, pour la première date de Youssou Ndour et du Super Etoile à l’occasion de la la fin d’année et du nouvel an.

En plus de ces hommes et femmes profitant de l’aubaine pour offrir leurs produits aux milliers de spectateurs venus au dernier Grand Bal de 2019 du roi du mbalax, il y a les taximen, les clandos, d’autres conducteurs, des stations d’essence qui ont tiré indirectement des gains, auxquels viennent s’ajouter des magasins de prêt à porter, des tailleurs, et coiffeuses.

Les femmes interrogées par Maderpost ont quasiment toutes dit qu’elles payaient de « nouvelles robes et coiffure à chaque fois que Youssou Ndour et le Super Etoile venaient se produire à Saint-Louis ».

Ainsi, le Grand Bal de Saint-Louis s’est avéré une « plus value » non négligeable pour l’économie informelle, en particulier pour les vendeuses de sandwiches et boissons qui reconnaissent « avoir fait » leur chiffre d’affaire de l’année.

Les hôtels et restaurants seraient « heureux de voir Youssou Ndour et son groupe venir plus souvent à Saint-Louis ».

« Des programmes culturels, c’est tout ce qu’on demande. On remplit nos chambres, nos cuisines fonctionnent, nos fournisseurs sont contents, nos employés reçoivent des pourboires, c’est tout ce qu’on demande », dit à Maderpost Bill Faye de l’hôtel Coumba Bang.

Plusieurs Mauritaniens, venus à Saint-Louis pour le spectacle, ont séjourné à son hôtel, dit encore Bill Faye.

Afin de contenir la foule et assurer la sécurité de tous, un impressionnant dispositif sécuritaire a été mis en place pour le grand bonheur des opérateurs directs et indirects.

C’est exactement les mêmes constats qui se sont dégagés, trois jours plus tard à Mbour, le premier jour de l’an.

Important carrefour de la région thiessoire et capitales régionales environnantes, Mbour, l’économique et la touristique, a vu le stade Caroline Faye faire le plein et les vendeurs battre le record des ventes.

Le décor après le spectacle laissant voir des milliers de canettes vides, papier journal, sachets, et autres déchets, sur le sol, donne une indication sur la consommation du soir. Simplement impressionnant.

Comme à Saint-Louis, vendeurs, vendeuses, taximen, tailleurs, coiffeuses, etc., se sont frottés les mains. « Que Dieu bénisse Youssou Ndour, il faut qu’il vienne plus souvent ici. Cela marche bien pour nous », dit la coiffeuse Dior.

Pas de salle à la dimension de Youssou Ndour à Dakar

Au Cices, le 4 janvier, Dakar, qui a pris le pari de battre le record d’affluence de Mbour, montre qu’elle n’a pas de réceptif pour accueillir les fans du roi du mbalax. Un aveu de taille pour une ville se voulant lumière, jadis capitale culturelle africaine, sous le magistère de son président-poète Léopold Sedar Senghor, un peu moins sous Abdou Diouf.

Le rapport public-véhicules peut laisser croire que pas moins de 5000 voitures ont convergé vers le Cices, créant un embouteillage aussi bien pour l’accès que la sortie.

Une analyse approfondie sur la consommation de carburant du jour, des appels téléphoniques, envois sms, posts et appels via les réseaux sociaux, et autres dépenses effectuées dans les magasins de prêt à porter, chez les couturiers, dans les salons de coiffure, etc., donnerait une bonne indication de mesure de l’impact du Grand Bal de Youssou Ndour et du Super Etoile sur les revenus indirects.

Auxquels s’ajoutent ceux de la sécurité, des imprimeurs de billets, des droits d’auteurs, de l’électricité, de la main d’oeuvre qualifiée pour le montage etc.

Banjul Like Dubaï !

A Banjul, les prestations de Youssou Ndour et du Super Etoile renvoient aux mêmes constats sur les flux de personnes, les dépenses et modes de consommation avec en prime, la bataille des brands constatée entre opérateurs qui ont fait des soirées de Youssou Ndour une plateforme d’excellence pour la la présentation de leur « image positive », notamment le magna de la construction gambienne, M. Mustapha Njie, qui célébrait avec fast le 9 janvier dernier le 30e anniversaire de son groupe TAG Africa Global, dans le beau décor du Tamala hôtel. Et Absoloute Entertainment, qui semble vouloir se positionner en numéro un de l’événementiel en Gambie, avec ses rendez-vous d’abord pris d’assaut par les Gambiens, d’abord dans le beau cadre de Coco Ocean, ensuite au stade de Banjul.

Dakar et Banjul, qui laisserait penser à un Dubaï version ouest-africain, présentent un environnement culturel propice au tourisme.

Les références mondiales tel Youssou Ndour, Omar Pène, Baba Maal, Ismaïla Lo, la génération des Waly Seck, Pape Diouf, les divas Coumba Gawlo Seck, Viviane Chedid, les rappeurs Didier Awadi, Dip et tous les autres rappeurs, les artistes peintres, sculpteurs, etc., ne cessent de le démontrer.

Il suffit juste de mesurer l’impact de leurs prestations sur des revenus directs et indirects pour favoriser les rendez-vous culturels et inciter la multiplication de contenus qui, au-delà des flux humains locaux et étrangers générés, entraîneront d’importants flux financiers et captations de devises.

Et en outre, une concentration d’une main-d’oeuvre qualifiée, des infrastructures culturelles, des systèmes et dispositifs performants.

Le développement de réseaux informationnels associée à une politique culturelle réelle favoriseront la création d’une véritable industrie culturelle qui profitera à l’économie nationale, à la créativité artistique, à la cohésion sociale.

C’est du moins ce que Maderpost a pu constater lors des 6 époustouflants spectacles de Youssou Ndour et du Super Etoile, dernièrement au Sénégal et en Gambie.

Charles FAYE

 

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