Effet d’aubaine (Guest Edito)

Enfin un autre Sénégal que celui de la politique ! Voir les questions économiques dominer les débats politiques prête à sourire tant le fait est rare pour être souligné ! Le temps d’un Conseil, les priorités s’inversent. En discussion : la relance de notre économie frappée de plein fouet par une crise sanitaire sans précédent. Six mois d’arrêt de production, des activités au ralenti et un confinement presque des populations pour freiner la chaîne de transmission, par voie orale, du virus, affectent considérablement la vie des hommes.

Par Mamadou NDIAYE

L’Etat Providence prend le dessus sur l’Etat Léviathan et se montre bienveillant envers les faibles avec une prodigieuse distribution de moyens de vivres ! L’impulsion est venue du Président Macky Sall qui, en renonçant au pas de sénateur, s’est affiché plutôt en général de troupe. Il a actionné de puissants leviers pour souligner sa résolution. Le pouvoir l’habite. L’envie de pouvoir rôde chez lui. Il prend goût au pouvoir par l’irrépressible besoin de résultats.

Cette générosité proverbiale de la puissance publique a des limites objectives : elle ne peut pas s’inscrire dans la durée sous peine de vider des caisses déjà fortement éprouvées par la frénésie de dépenses. Donc l’opération était ponctuelle. Sur ordre des plus hautes autorités, plusieurs lignes budgétaires avaient été retoquées pour donner corps et cohérence à la stratégie de riposte dégagée pour endiguer l’extension de la pandémie. C’est au prix de cet effort exceptionnel que notre pays est parvenu « à vivre avec le virus », ouvrant ainsi la voie à une reprise des activités, au maintien du dispositif de précautions et à une vigilance de tous les instants pour éviter une seconde vague de virulence pathogène.

Le succès médical du Sénégal lui a valu une réputation mondiale. Si bien que son modèle de lutte et la qualité des soins prodigués sont cités en exemples. Ce bon signal joue-t-il en faveur de notre pays ? Constitue-t-il un effet d’aubaine pour une relance de l’économie exsangue ? Rompus aux jugements, certains experts voient d’un bon œil la tenue du Conseil présidentiel et considèrent que le Président Macky Sall a su « être à la hauteur de l’enjeu de rectification du Plan Sénégal Emergent (PSE). » Son côté offensif, pilotant la manœuvre de relance et impulsant la dynamique de progression à toutes les directions opérationnelles, a séduit plus d’un. Le moment s’y prête puisqu’en plus des dettes qui arrivent à échéance, les déficits se creusent et les engagements imprescriptibles. A cela s’ajoute la masse salariale de la fonction publique.

On le voit, la sortie de crise par la relance s’apparente à un chemin de crête, exercice délicat entre deux précipices, qui nécessite habileté, agilité et équilibre. Pas de formules creuses ! Maître d’œuvre, le jeune ministre Amadou Hott a, dit-on, le goût du panache. Entouré de ses équipes et mandaté pour organiser (avec succès) le Conseil présidentiel consacré à la relance économique, M. Hott a privilégié une démarche pragmatique fondée sur un alignement d’actions jugées et jaugées puis expérimentées avant d’être retenues dans le…bréviaire !

Il sait que les mauvaises nouvelles du moment sont passagères. Sa lecture de la conjoncture le prédispose à être dans la construction, dans l’anticipation pour regarder au-delà du cadre la perspective qui se dessine. Si elle n’est pas souriante, elle n’est pas non plus crispante, encore moins maussade. En revanche elle demeure préoccupante. Car, à l’international, les restrictions ne sont pas totalement levées pour ce qui concerne les flux de liquidités et la panne sèche des investissements.

Or Amadou Hott est un produit des grandes institutions internationale. D’où l’idée du président de réveiller l’épargne intérieure pour financer le développement du Sénégal par l’injection de capitaux frais. Cela suppose toutefois une base de confiance. Est-elle là ? Qu’est-ce qui pourrait doper notre croissance ? L’appel du pied au privé national pour une participation plus conséquente à la relance est-il bien entendu ? Le climat des affaires peut renseigner sur l’ambiance qui prévaut. Des opportunités existent. Des réformes (juridiques, fiscales et administratives) ont été engagées.

A quel privé national le gouvernement s’adresse-t-il ? Les « quotataires » ? Les affairistes ? Les intermédiaires ? Les rentiers ? Les créateurs ? Les hommes du métier ? Certains parmi eux, habitués à la rhétorique victimaire, emprutent à bas bruit, les couloirs du pouvoir pour gémir en silence. D’autres usent d’artifices en se prévalant d’appartenir à des cercles influents du pays. Quels liens unissent les uns et les autres ? Difficile de démêler l’écheveau ? Mais l’Etat sénégalais dispose d’outils infaillibles pour séparer la bonne graine de l’ivraie. Des entreprises en difficulté existent. Il faudra les recenser et les noter sur leur vraie valeur pour évaluer l’état de leur sinistre.

La sagesse retrouvée, le temps semble venu de poser des actes forts qui ôtent tous soupçons à la démarche suivie. D’autant que le Président de la République s’est montré à la fois tranchant et conciliant. Il faut sûrement s’en réjouir. Car cette soudaine lucidité traduit un réveil des consciences malgré des diatribes teintées de populisme qui pourraient être entendues ici ou là. L’ouverture au secteur privé national ne signifie nullement fermeture au capital privé international. Au contraire.

Dans la tonalité de son propos, le chef de l’Etat affiche un moral de battant. A lui de donner des gages à ceux qui doutent, de se montrer ferme quand des abus sont constatés et de clamer son ouverture et sa tolérance afin de favoriser la relance par les chefs d’entreprise. Ceux-là créent des emplois quand d’autres les détruisent. Ils créent de la richesse et s’acquittent de leurs obligations légales et fiscales. En tendant la main à ces entrepreneurs, Le Président Sall ouvre une ère « business » et réconcilie les Sénégalais avec l’efficacité et la compétitivité. Bien évidemment, les acquisitions ne doivent pas s’opérer en reléguant aux marges nos champions nationaux.

Nous entrons dans un cycle d’âpreté qui ne s’accommode pas de médiocrité. Tout autour du Sénégal, la cartographie de la performance se met en place. Ivoiriens, Ghanéens, Nigérians, Béninois, signent des pactes de compétitivité, gagnent des marchés, allègent le coût du travail pour attirer les capitaux et attaquent la place de Dakar avec des banques et des compagnies d’assurances qui on pignon sur rue. Les Marocains sont au cœur de l’économie sénégalaise et intensifient leurs prises de participations avec des gains et des bénéfices faramineux !

Dans quel pays, à leur tour, les Sénégalais sont-ils économiquement et financièrement présent ? Aucun. Pas même chez eux où les rares tours de tables qui les accueillent leur réservent des parts périphériques.

 

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