Agriculture – L’Afrique en retard dans ses objectifs

Bien qu’ayant confirmé, en 2014, les bonnes intentions de la Déclaration de Maputo, de 2003, les pays africains peinent à moderniser leur agriculture. L’Union africaine pointe les performances de quatre bons élèves, dont le Maroc et le Mali, et salue les efforts de la Tunisie.

Par Laurent SOUCAILLE

AGRICULTURE – Cinq ans après son adoption, la Déclaration de Malabo peine à être suivie d’effets, regrette l’Union africaine (UA). D’après son second bilan bisannuel de la Déclaration, publié le 10 février, seuls quatre pays africains – Rwanda, Maroc, Mali, Ghana – sont sur la bonne voie pour atteindre leurs engagements d’ici à 2025 contre vingt nations identifiées en 2017.

En revanche, l’UA salue les efforts fournis par un cinquième pays, la Tunisie.

Les quatre « bons élèves » ont atteint ou dépassé l’indicateur de performance de 6,66 points, élaboré par les experts de l’UA, ce qui met en relief les efforts à réaliser par les autres pays : la moyenne africaine ressort à 4,03 points.

L’organisation note ainsi un recul concernant les engagements pris par les États africains à Maputo en 2003 et renouvelés à Malabo en 2014, de consacrer au moins 10 % de leur budget au secteur agricole. Le Burkina Faso, le Burundi, le Mali et la Mauritanie ont tenu cette promesse, contre dix pays en 2017.

L’Union Africaine a lancé en 2003 le Programme détaillé de Développement de l’agriculture en Afrique, une feuille de route politique pour la transformation agricole du continent.

En 2014, lors de la 23e session ordinaire de l’UA à Malabo, les dirigeants africains avaient renouvelé leur engagement en faveur du Programme, en adoptant la Déclaration de Malabo sur la croissance et la transformation agricoles accélérées, pour la prospérité partagée et l’amélioration des moyens de substances.

Les engagements de Malabo visent l’élimination de la faim et de la malnutrition infantile, d’ici à 2025. Ils ont également comme ambition la réduction de moitié de la pauvreté et le triplement du commerce intra-africain des produits et services agricoles. La Déclaration exige la création d’un système de responsabilisation visant à suivre les performances du secteur agricole dans les pays africains.

Un manque de financement

Elle prône également l’amélioration de la productivité et l’ouverture des marchés ainsi que le développement du secteur agricole en exploitant davantage aux nouvelles technologies. Parmi ses objectifs figurent aussi la mobilisation des investissements publics et privés et la levée des restrictions sur les produits africains, afin de dynamiser le développement agricole.

Pour Josefa Sacko, commissaire de l’UA chargée de l’économie rurale et de l’agriculture, ce retard tient en un facteur clé : « Le manque de financement entrave les efforts visant à respecter les engagements clés du secteur agricole énoncés » dans les deux Déclarations. « À cinq ans seulement de la date butoir, nous constatons que les taux de malnutrition et de famine augmentent, alors que les progrès pour mettre fin à ces fléaux sont lents », a regretté Josefa Sacko, à l’occasion du Sommet de l’Union africaine, qui s’est achevé à Addis-Abeba le 10 février.

La commissaire appelle de ses vœux une intensification des investissements afin d’améliorer la productivité de l’agriculture ; celle-ci doit être multipliée par trois, selon elle, afin que l’Afrique réalise ses objectifs.

Bien sûr, ces gains de productivité doivent accompagner un meilleur accès des populations rurales aux terres arables et l’augmentation du financement des initiatives agricoles. « L’Afrique possède 60 % des terres arables du monde, mais les pays africains importent encore 35 milliards de dollars de produits alimentaires chaque année. L’amélioration de la productivité agricole est nécessaire si l’on veut que se réalise la promesse agricole du continent. »

Le satisfecit du Maroc

Face à cette situation, l’UA envisage de nouvelles initiatives pour accroître le financement du secteur agricole, « alors que les pays africains sont confrontés au défi supplémentaire du changement climatique ». L’une des initiatives pourrait consister en la constitution d’un « fonds d’urgence africain », destiné à moderniser l’agriculture africaine, trop sensible aux aléas climatiques.

Néanmoins, l’UA a salué les efforts du Maroc, qui reçoit le prix de la Meilleure performance en matière de changement climatique, ainsi qu’un prix de la Meilleure performance de l’année 2020 pour la mise en œuvre de la Déclaration de Malabo.

Ces deux prix sont la reconnaissance des efforts déployés par le Maroc dans le processus de développement du continent africain. Le Royaume reste à la pointe de la lutte contre les changements climatiques en Afrique, étant souvent cité en référence par ses voisins. Dans le domaine agricole, le Plan Maroc vert fait également figure de modèle.

Azzedine Farhane, le représentant du Maroc auprès des Organisations internationales, résume : « La contribution du Maroc aux efforts internationaux pour le renforcement du régime international de la sécurité nucléaire est riche dans son contenu, diversifiée dans sa méthodologie et multiforme dans sa dynamique. »

ENCADRE

Primée, la Tunisie poursuit ses efforts

Le Sommet de l’Union africaine a distingué l’agriculture tunisienne, qui a reçu le prix spécial de « la Meilleure performance pour l’année ». Ce prix est décerné aux pays ayant avancé sur la voie de la mise en œuvre de la Déclaration de Malabo, relate le ministère tunisien de l’Agriculture.

La Tunisie a consenti de nombreux investissements, ces dernières décennies, notamment dans l’infrastructure hydraulique. Néanmoins, de nombreuses difficultés organisationnelles demeurent ; aussi, le ministère de l’Agriculture a-t-il pris l’initiative, avec l’appui de la FAO, d’une réorganisation des structures et des institutions agricoles, afin d’améliorer la productivité et la rentabilité du secteur.

Le chef de cabinet du ministère, Boubaker Karray, précise lors d’un point presse que le projet vise à concrétiser la vision du secteur agricole à l’horizon 2030 et à fixer ses rôles et ses objectifs stratégiques.

Le projet concerne le système de gouvernance, de suivi et d’évaluation ainsi que la mise en place d’un programme d’actions pour améliorer les indicateurs de la rentabilité de l’agriculture. Il s’inscrit dans le cadre des préparatifs du prochain plan quinquennal de développement 2021-2025.

Boubaker Karray fait état de la révision radicale de la structuration du ministère et du rôle de gestion assigné aux directions qui en relèvent. Il annonce la création de l’Office des Forêts et de l’Office de la Pêche, outre le développement de la coopération internationale et l’impulsion de l’exportation des produits agricoles. Les résultats de ce projet peuvent apparaître au bout de quinze mois, estime-t-il.

Selon le représentant de la FAO en Tunisie, Philip Ankers, l’objectif de ce projet est d’ »assurer la sécurité alimentaire dans le pays, sans perdre de vue les autres avantages dans les domaines social et environnemental, ainsi que la réalisation du développement économique ».

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