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Libération de Maurice Kamto au Cameroun, voie vers une transition apaisée?

Libérés le 5 octobre à la suite de l’arrêt des poursuites judiciaires ordonnées par Paul Biya, Maurice Kamto et ses partisans sont décidés à continuer le combat politique. Priorité pour le leader: la révision du Code électoral qui favorise le parti de Biya depuis trente ans. S’achemine-t-on au Cameroun vers une transition apaisée? Décryptage.

DECRISPATION – Le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) n’a pas précisé si son parti comptait poursuivre les manifestations dans les rues du pays pour revendiquer sa «victoire» à la dernière Présidentielle.

Mais dès sa sortie de prison, le coriace adversaire de Paul Biya, qui vient de passer plus de huit mois en détention, a semblé plus serein que jamais, comme le constate David Eboutou, analyste politique et consultant permanent pour une télévision privée, à Douala.

Alors que l’attention était focalisée sur les principales résolutions du grand dialogue national qui s’est achevé le 4 octobre au palais des Congrès de Yaoundé, Paul Biya a créé la surprise en décidant d’arrêter les poursuites judiciaires à l’encontre de nombreux responsables politiques, dont ceux du MRC.

Dès le 5 octobre, 102 opposants étaient remis en liberté par la justice camerounaise, en plus des 333 détenus arrêtés dans le cadre des manifestations liées à la crise anglophone, qui avaient déjà bénéficié d’un arrêt des poursuites le 3 octobre.

Kamto: libération surprise… sous pression ou négociée?

Le «Sphinx» (surnom donné à Paul Biya) a-t-il fini par entendre raison, sous la pression nationale et internationale qui dure depuis plusieurs mois? La logique de l’apaisement prônée par de nombreux participants lors du «grand dialogue national» n’y est sans doute pas non plus étrangère. Pour le docteur Hilaire Kamga, Coordonnateur du mouvement de la société civile «offre Orange», le vieux leader n’avait de toute façon plus trop le choix.

L’arrestation de Maurice Kamto et de ses partisans à la fin janvier avait suscité un déferlement de réactions au Cameroun comme à l’étranger.

Une réconciliation nationale des plus fragiles

Sa libération ainsi que celle des autres détenus politiques du MRC s’inscrit dans un élan de «réconciliation nationale» souhaité par les participants au grand dialogue national. Mais, selon le professeur Jean Vincent Ntuda Ebode, géostratège et enseignant à l’université de Yaoundé II, il n’est pas à l’abri de nouvelles mesures conservatoires de la part du pouvoir.

David Eboutou y voit pour sa part un calcul politique assumé de la part du Chef de l’État camerounais qui est aussi le leader du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), au pouvoir depuis plus de trente ans, et qui contrôle la majorité des municipalités au Cameroun.

Arrêté le 28 janvier dernier à Douala, en même temps que des cadres de son parti, à la suite de manifestations interdites par les autorités, le président du MRC et ancien ministre de Paul Biya a été inculpé avec ses coaccusés pour «rébellion, insurrection, hostilité contre la patrie.»

Amplifiée par certains médias, l’hypothèse selon laquelle d’intenses négociations qui auraient abouti à des compromis entre les deux parties est largement débattue.

Une hypothèse catégoriquement rejetée par Maître Sylvain Souop, l’un des membres du collectif des avocats de Maurice Kamto.

Le jeu ambivalent de Paul Biya

Ce dernier crie à l’intox de la part de la partie adverse pour décrédibiliser le combat politique de son client en faisant croire qu’il ait pu «négocier» sa remise en liberté.

Désormais, tous les observateurs de la vie politique camerounaise vont scruter avec intérêt la manière dont Maurice Kamto compte mener sa lutte. Car si cette libération du principal opposant à Paul Biya était nécessaire pour apaiser les tensions et mettre un terme à la longue crise post-électorale dans le pays, rien n’est encore gagné.

La libération de Maurice Kamto et de ses alliés a été fortement saluée par la communauté internationale. Dans un communiqué signé de son porte-parole, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s’est dit «encouragé par la décision du Président Paul Biya». Il a exhorté les autorités camerounaises «à continuer d’adopter davantage de mesures de confiance et de réconciliation.»

​L’opposition jouera-t-elle la carte de l’apaisement?

Semblant également déterminé à apaiser le climat sociopolitique, très tendu au Cameroun depuis la Présidentielle d’octobre 2018, le leader du MRC a déjà fixé ses priorités lors de sa première prise de parole face à ses partisans.

Le combat pour la refonte du système électoral en vue des prochaines élections législatives et municipales prévues pour février 2020 doit permettre au MRC non seulement de s’affirmer comme le principal parti d’opposition, mais de battre le RPDC partout où il a le monopole.

Derrière le Code électoral, la conquête du pouvoir

Pour cela, il lui faut d’abord parvenir à «casser» la redoutable machine électorale mise en place par le régime de Paul Biya depuis plus de trente ans. Un combat qui, selon David Eboutou, devrait faire l’unanimité.

Longtemps critiqué par l’opposition et la société civile, le code électoral actuellement en vigueur au Cameroun est considéré par l’opposition comme étant l’un des principaux instruments permettant au Président Paul Biya de se maintenir au pouvoir.

Même arrivé à la «deuxième place» lors du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018 avec 14,23% des suffrages exprimés, selon les résultats officiels proclamés par le Conseil constitutionnel, le MRC a déjà réussi la performance de rebattre les cartes dans un paysage politique camerounais très figé.

Il reste maintenant à asseoir cette victoire sur le terrain en convainquant les électeurs de voter pour le changement plutôt que de rester avec un régime figé dans le temps.

Source : Sputnik

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