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La gifle !

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CHRONIQUE – Ma fierté de Sénégalais a pris un sacré coup avec cette décision de la Cour de justice de la CEDEAO, qui non contente de donner à ma Justice un cours de Droit magistral, a en plus convoqué, nommément dans sa leçon communautaire, deux hautes autorités de notre justice, en l’occurrence, le procureur de la République et le Doyen des juges du Tribunal de grande instance de Dakar pour leur signifier les limites observées dans la forme de la prise en charge du dossier Khalifa Sall.

Leur rappelant l’obligation qui leur est faite de respecter les fondamentaux du Droit. Ce d’autant que quand elle n’est pas prise en compte par la justice, il n’y a plus lieu d’aller dans le fond du dossier.

Et oui, en Droit, il est toujours question et invariablement de respecter les droits de la Défense. C’est élémentaire.

Je n’irai pas loin en rappelant à bon nombre de ma génération le cas d’Alex, ce bandit de grand chemin, membre de la redoutable et très redoutée bande à Ino, qui écumait les artères et stations d’essence de la capitale et autres villes trébuchantes du pays.

Pour avoir bâclé toute la procédure après sa tentative d’évasion spectaculaire de 2003, l’appareil judiciaire avait vu Alex se pavaner devant lui, les doigts dans le pif. En bon procédurier, Me Théophile Kayossi avait fait exploser tout le dossier.  Et Alex n’a jamais été jugé, encore moins condamné, pour sa tentative d’évasion, la procédure ayant été annulée du fait des manquements. Comme quoi la forme est un code détaillé en Droit qui décline les grands principes.

Quand on sait qu’elle représente l’ensemble des prescriptions à respecter pour établir des actes de procédures, alors oui, on ne peut que prendre la décision de la Cour de justice de la CEDEAO comme une gifle.

Nous, qui sommes si bons en Droit, au point de parcourir l’Afrique et le monde pour décliner notre maîtrise de la matière, on ne peut que baisser la tête et dire que nous avons merdé. Dans la forme. Notre justice qui le sait si bien ne peut que s’en mordre les doigts, prendre des cachets et souhaiter que le malaise ne grossisse pas.

J’en vois qui vont s’étrangler. Convoquer le fond. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Convenons en ! Une bonne fois pour toute et passons à autre chose. De plus républicain, de plus régalien. Désolé, mais c’est comme ça. Surtout quand on a raté l’occasion de s’appliquer la fameuse maxime en Droit : «la plume est serve, la parole libre». Il en est de ceux qui en ont fait leur viatique. Je me rappelle de l’ancien premier substitut du procureur de la République de Dakar dans l’affaire Bara Tall. Ibrahima Ndoye, l’actuel procureur de Saint-Louis puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait dit en son temps une phrase extraordinaire ressemblant à celle-ci : «Je suis partagé entre mes obligations professionnelles et mon éthique. Mon obligation professionnelle me pousse à requérir 5 ans de prison contre le Sieur Bara Tall, mais mon intime conviction est que Bara Tall n’a rien fait». Les juges en avaient déduit ce qu’il recommandait en toute liberté. Et comment ! Bara Tall rentra chez lui.

C’est dire combien, comme nous l’avons toujours dit, cette affaire de Khalifa Sall est plus politique qu’on ne le croit. Quand bien même il aurait avoué en disant «avoir fait comme ses prédécesseurs», la forme n’a pas été respectée et c’est ce que rappellent les juges communautaires à notre Justice.

Le Procureur général, Lansana Diaby, supérieur hiérarchique du procureur de la République, ne s’y trompe pas en requérant la mise en liberté du maire de Dakar. Certains ne manqueront pas de voir en cette démarcation notifiée, une autre plus politique, celle notamment d’une rumeur qui voulait qu’il soit le candidat de la chancellerie dans la course à la présidence de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS). Ainsi est notre pays, toujours à l’affut de probabilités et combinaisons improbables et explicatives d’une démarche personnelle et collective. Au Sénégal comme partout ailleurs, diront les sages Africains, on ne fait jamais rien pour rien. Soit ! Alors faisons pour et au nom du juste et non de la justice du plus fort et de l’ordonnateur injuste. Il n’y a pas d’autres solutions si nous ne voulons courir le risque de prendre des claques et de devenir la risée du monde.

Cela fait déjà mal de perdre la face dans notre communauté dont nous fûmes pendant des décennies le pays référence en terme de libertés et Droit. On ne peut pas nous retrouver de locomotive de notre espace communautaire au dernier wagon, couverts de nos turpitudes. Nous n’en avons pas le droit. Le Sénégal d’aujourd’hui a besoin d’autre brand ce d’autant que nos voisins se démarquent de plus en plus en s’inscrivant dans une démarche de leadership pur et dur pour des raisons aussi évidentes que la mondialisation d’abord et la démondialisation ensuite invitent tout le monde à prendre le train du patriotisme économique, social, culturel d’abord. Voilà les vrais défis qui nous attendent. Il est vrai que d’aucuns me diront que certains ont leurs agendas : la présidentielle 2019. C’est vrai, j’oubliais.

Mon Dieu !  Quelle gifle !

Charles FAYE

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