Alassane Ouattara, commanditaire de la rébellion armée de 2002 en Côte d’Ivoire?

Le 25 décembre, Guillaume Soro, l’ex-chef de la rébellion armée de 2002 en Côte d’Ivoire, actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt international, a ouvertement désigné le Président Alassane Ouattara comme étant le commanditaire de cette tentative de coup d’État. Ce que le chef de l’État ivoirien a toujours formellement nié. Analyse.

PUTSCH – L’heure du grand déballage a manifestement sonné dans les relations Soro-Ouattara. Le jour de Noël, dans un communiqué vidéo tourné à Barcelone, Me Affoussiata Bamba-Lamine, l’avocate de Guillaume Soro, a affirmé que le coup d’État manqué de 2002 contre Laurent Gbagbo, qui s’est mué en rébellion armée, a été mené pour le compte du Président Alassane Ouattara.

«En ce qui concerne l’accusation fallacieuse de déstabilisation qui reposerait sur un enregistrement audio, M. Guillaume Soro tient à rassurer les Ivoiriens qu’il ne reconnaît qu’une seule déstabilisation, celle du 19 septembre 2002 pour le compte de l’actuel Président de la République, Alassane Ouattara. Ce pourquoi d’ailleurs, il continue de demander pardon au peuple souverain de Côte d’Ivoire», a déclaré Me Affoussiata Bamba-Lamine.

Conseillère juridique de Guillaume Soro depuis 2003, Affoussiata Bamba-Lamine a été la porte-parole de la rébellion à partir de 2009, avant d’occuper le poste de ministre de la Communication entre 2012 et 2016. Elle est actuellement membre de la commission d’orientation et de coordination des Générations et peuples solidaires (GPS), mouvement politique lancé en vue de la présidentielle de 2020 et dont Guillaume Soro est le président.

Dans le camp Soro, on affirme détenir, entre autres, des enregistrements audio et des mails d’avant et d’après le 19 septembre 2002, des signatures sur des documents ou encore des ordres de mission.

Pourtant, dans un entretien vidéo datant de 2012 exhumé par des internautes, Guillaume Soro, ex-Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, soutenait qu’il n’était pas «dans la nature de M. Alassane Ouattara de financer des rébellions».

Alassane Ouattara, arrivé au pouvoir à l’issue de la crise postélectorale de 2010-2011, a, pour ce qui le concerne, toujours rejeté la paternité de la rébellion, quand bien même Zakaria Koné, l’un des chefs de cette rébellion, l’avait publiquement désigné comme en étant le parrain.

Le conflit armé postélectoral de 2010-2011 s’était déclenché après que le Président sortant, Laurent Gbagbo, reconnu vainqueur par le Conseil constitutionnel, et Alassane Ouattara, également reconnu comme tel par la Commission électorale indépendante (CEI, structure chargée d’organiser les élection), ont chacun revendiqué la victoire à la présidentielle de novembre 2010. Selon le rapport de la Commission d’enquête nationale rendu en août 2012, les violences armées ont fait plus de 3.000 morts.

Le 23 décembre, Adou Richard, procureur de la République de Côte d’Ivoire, a annoncé l’émission d’un mandat d’arrêt contre Guillaume Soro pour présomption d’atteinte à la sureté de l’État, détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de francs CFA.

Après plusieurs heures de confusion et de tension à Abidjan, mais surtout l’interpellation de quinze de ses partisans, dont son fidèle lieutenant le député Alain Lobognon, le retour au pays prévu le jour-même de Guillaume Soro, en Europe depuis plusieurs mois, a été annulé.

Affoussiata Bamba-Lamine a assuré, dans son communiqué, qu’«au nom de la manifestation de la vérité, Guillaume Soro s’exprimera clairement sur chacun des faits» qui lui sont imputés.

 

Dès le 24 décembre, dans une série de tweets, l’ex-chef de la rébellion a exprimé ses regrets quant au sort qui lui est réservé après toutes ses années de soutien à Alassane Ouattara. «Qui aurait cru cela possible de l’homme providentiel venu du FMI? Moi le dernier. Et c’est bien fait pour ma gueule», a-t-il notamment affirmé sur son compte Twitter.

Invité par Sputnik à commenter ces propos de Guillaume Soro, l’analyste politique Innocent Gnelbin affirme que «la situation qui se durcit entre le pouvoir et l’ex-président de l’Assemblée nationale est une des étapes de la guerre sur le chemin des élections d’octobre 2020».

En effet, Guillaume Soro se présente comme l’un des challengers les plus sérieux pour succéder à Alassane Ouattara – qui n’exclut pas de briguer un troisième mandat.

Pour le candidat Guillaume Soro, la décision d’Alassane Ouattara de rempiler pour un troisième mandat ne fait aucun doute. Mieux, l’ex-chef de la rébellion estime que les accusations à son égard relèvent du «dilatoire» pour l’écarter de la course à la présidence.

Guillaume Soro, a soutenu l’analyste politique Innocent Gnelbin, est «un problème autant politique que militaire pour les ambitions renouvelées du régime Ouattara».

«Problème politique en ce sens qu’étant fils du nord du pays, il peut être un handicap pour le régime dans le cadre de la mobilisation de l’électorat du nord. Au niveau militaire parce qu’ayant géré des troupes par le passé dans l’ex-rébellion, il peut se révéler toujours une source d’inquiétude à ce sujet. L’un dans l’autre, le pouvoir a décidé de fragiliser un adversaire non pas parce ce qu’il pourrait gagner l’élection, mais parce qu’il pourrait empêcher le régime Ouattara de rempiler», a-t-il expliqué.

Alassane Ouattara et Guillaume Soro ont longtemps convolé en justes noces, mais pour Innocent Gnelbin, «il fallait s’attendre à leur rupture car les deux hommes ne jouent pas forcément sur le même registre. Ils ne sont pas de la même école et le RDR (le parti d’Alassane Ouattara) est un appareil politique pour lequel Guillaume Soro reste un parfait étranger».

«Les ambitions des uns et des autres ont eu raison des rapports entre ces deux leaders», a conclu l’analyste.

Maderpost / Sputnik

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